Dans les temps anciens, Saturne était le dieu de l’âge d’or. Au temps des récoltes, on fêtait l’abondance de la terre au cours de grands festins à la gloire du dieu. Mais en même temps que l’on célébrait l’âge d’or d’une nature prodigue, on déplorait la disparition de cet âge d’or. Il y a d’emblée avec Saturne cette ambiguïté qui est celle de la vie même.

Le festin de Saturne comme nom de compagnie se veut l’image de cette mélancolie d’exister. C’est une façon de rappeler l’ombre à partir de laquelle émerge la lumière. Nous sommes charriés et engloutis par le temps, mais c’est notre condition primordiale.

L’ère du divertissement endort notre conscience. D’une certaine façon, le culte de la jeunesse, la recherche de la beauté physique, l’abandon des vieillards, des malades et des pauvres, le culte de la performance, l’enrichissement démentiel de la finance coupée de l’économie réelle, ces aspects de nos vies peuvent être résumé au refus de la mort, au refus de l’ombre. C’est l’effroi de la fin qui nous fait courir comme des poulets décapités. C’est ce même effroi qui gouverne la tentation de la possession, qui mène à l’avidité, comme si détenir quelque-chose pouvait être un rempart contre la douleur de mourir. Nous cherchons souvent à l’extérieur des réponses illusoires au problème de l’existence.

Nos travaux entretiennent tous un lien plus ou moins direct avec cette question.

Nous sommes la nourriture du temps et nous sommes délicieux.